Valérie Fournier



Valérie Fournier :
« Pour les ESH, le renouvellement urbain est une mission de cohésion sociale »



Présidente de la Fédération des Entreprises sociales pour l’habitat (ESH), et du Groupe Habitat en région, Valérie Fournier interviendra dans le Grand débat « de la transition à la révolution énergétique », qui aura lieu le 27 juin à RDV avec la ville. Sur ce sujet, comme sur d’autres, elle rappelle l’importance de la mission sociale des ESH et affirme que ces derniers doivent rester acteurs de leur devenir.

En France, les ESH logent 5 millions de personnes et assurent la gestion de 2,2 millions de logements. Comment vous positionnez-vous dans le paysage du renouvellement urbain ?

Les ESH représentent en effet la moitié du parc HLM et 40 % de l’activité du renouvellement urbain au titre de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Elles sont donc un acteur non négligeable de la transformation des villes et des quartiers. Mais le renouvellement urbain n’est pas qu’un sujet de bâtiment, il s’agit aussi d’investir des thématiques d’investissement et donc d’emploi, des sujets de vie autour du relogement, des parcours résidentiels, de la mobilité des habitants, etc. Pour les ESH, participer au renouvellement urbain, c’est donc participer à une mission de cohésion sociale, au travers de l’outil particulier qu’est l’immobilier.

Quels sont les grands défis à relever pour les ESH à court et moyen termes ?

A court terme, nous devons faire face aux enjeux spécifiques liés à la réforme actuelle (loi ELAN) : avec elle, le gouvernement appelle à une transformation du secteur pour le rendre plus performant. Notre positionnement, dans ce contexte, est d’être acteur de notre devenir, en nous engageant dans cette réforme de notre modèle économique.
A moyen terme, nous sommes confrontés aux mêmes transformations que les autres acteurs du secteur, dans un contexte où l’argent public se raréfie : développement durable, fracture sociale, transformation numérique sont des sujets importants pour nous. Nous travaillons d’ailleurs beaucoup sur cette transformation numérique, pour tenter d’être plus performant dans notre relation avec nos clients et mieux répondre aux difficultés de nos locataires. Par exemple, nous sommes intéressés par une start-up qui développe une interface numérique composée de pictogrammes, pour passer les barrières de la langue ou les difficultés de l’écrit.

La loi ELAN annonce un objectif de quintupler les ventes de logements sociaux pour financer la construction de logements futurs. Est-ce atteignable selon vous ?

D’abord il faut rappeler que l’objectif de vendre 40 000 logements HLM par an était déjà fixé en 2004 par Gilles de Robien : il ne s’agit donc pas d’un nouvel objectif, ni de brader le parc HLM, nous devrions en fait avoir déjà atteint ce niveau depuis longtemps.
Les ESH vendent aujourd’hui environ 6 000 logements par an. Or, sur les 230 ESH de la fédération, seules 60 ont une politique de vente active. Si toutes les ESH s’étaient dotées d’une véritable politique de vente, nous atteindrions plus aisément notre part de 20 000 logements vendus par an.
Pour les ESH, la vente de logements HLM est une étape du parcours résidentiel avant d’être une question de modèle économique. La loi ELAN, qui permet de conserver ces logements pendant 10 ans dans le quota de logements sociaux des communes, devrait engendrer un débat plus vertueux avec les maires et donc récréer une offre nouvelle. Elle permet en tout cas de faire de la vente de logements HLM un élément de la politique de logement du territoire. Je pense que les ESH sont en capacité d’en faire un élément positif, d’autant que la vente de logements HLM correspond à la demande des locataires et assure une accession à la propriété maîtrisée et sécurisée.

Parmi les nombreuses thématiques de RDV avec la ville (participation des habitants, ville durable, développement économique, etc.), laquelle vous tient particulièrement à cœur et pourquoi ?

Toutes ces thématiques sont importantes ! Si le sujet du développement économique sera vite abordé dans les débats, et s’il y a une prise de conscience collective quant au développement durable, je pense qu’il est fondamental de connecter ces sujets à la parole des habitants. Quand un bailleur réhabilite une passoire thermique, il voit d’abord la transformation de l’objet immobilier. Mais l’habitant, lui, voit les contraintes que les travaux lui imposent, peut s’inquiéter des transformations de son logement ou de ses habitudes de vie. Pour lui, le plus important dans ces travaux, c’est l’amélioration de son confort d’une part et la baisse de ses charges d’autre part. Pour moi, il est essentiel d’entendre les habitants et de les accompagner avant et après les opérations. Par exemple, imaginons qu’un simple convecteur de chauffage soit remplacé par un système capable de moduler la chaleur dans tout l’appartement : il faut expliquer l’outil à l’habitant pour qu’il se l’approprie.
Le Groupe Habitat en Région, que je préside, est ainsi très engagé, dans le Bassin Minier en particulier, auprès des locataires. Nous sommes aussi fortement engagés dans la rénovation thermique de nos logements : par exemple, nous passerons tous nos bâtiments des classes E, F et G au niveau BBC rénovation d’ici 2050.

Vous participez à la table ronde « de la transition à la révolution énergétique », aux côtés de Philippe Vasseur, président de la mission REV3, et de Claire Roumet, directrice générale de Energy Cities. Quelle est la mission des ESH en la matière ?

Entretenir nos logements est dans l’ADN des organismes HLM et le parc social a un niveau de performance énergétique plutôt élevé : 36 % du parc HLM est en classe énergétique A, B ou C, contre 15 % pour le parc privé. Les ESH se sont engagées collectivement à rénover thermiquement 500 000 logements. Notre plan est en action et avance, avec 125 000 logements traités en 2017. 65 % de ces logements gagneront au moins une classe énergétique et tous les logements de classe E, F et G auront été traités. Les ESH sont acteurs de la transition durable. Elles ont conscience que le bâtiment est un enjeu de réduction de CO2 et qu’il est désormais indispensable que l’habitat soit vertueux sur ce plan.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

Que les bailleurs puissent continuer à remplir la mission sociale qui leur est confiée. Nous souhaitons être acteur de notre devenir, tout en gardant l’équilibre entre la contrainte économique et notre mission sociale. Cela dit, si les réformes pouvaient cesser quelque temps, cela nous aiderait !