Saïd Hammouche



Saïd Hammouche :
« L’émancipation sociale des individus passe par leur émancipation économique »


Parfois décrit comme le « DRH des banlieues », Saïd Hammouche a fondé en 2007 Mozaïk RH, cabinet de recrutement spécialisé dans la promotion de la diversité. Saïd Hammouche, très concerné par les enjeux liés à la politique de la ville, a été récemment sollicité pour faire partie du Conseil présidentiel des villes constitué par Emmanuel Macron. Ce dénicheur de « talents discriminés », interviendra lors du Grand Débat « QUEL DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE POUR ET DANS LES QUARTIERS ? »


 

Pouvez-vous nous raconter l’histoire et la vocation de Mozaïk RH ?

Mozaïk RH est une entreprise sociale dont la vocation est de promouvoir les talents discriminés des territoires moins privilégiés. Depuis une dizaine d’années, nous avons permis le recrutement de 5 000 talents, essentiellement des jeunes diplômés. En France, la culture dominante des grandes écoles et du CV met à la marge une frange de la population, et nous menons un travail d’évangélisation auprès des services des ressources humaines pour les sensibiliser aux candidats des quartiers populaires. Pas seulement pour des raisons sociétales, mais parce que ce sont des candidats prêts à l’emploi, compétents et motivés.

Pour maximiser notre impact social, nous avons aussi digitalisé nos savoir-faire et incubé une start-up pour lancer diversifiezvostalents.com, une plateforme web permettant notamment de bénéficier d’un bilan professionnel en ligne et d’une mise en relation automatique grâce à un algorithme de matching. Ainsi, dans le même espace-temps, on peut promouvoir nos talents auprès de l’ensemble des recruteurs de France.


Au-delà de votre engagement entrepreneurial, vous siégez au Conseil présidentiel des villes, une instance récemment constituée par Emmanuel Macron. Pouvez-vous nous en parler ?

Cette instance a été instituée par le président de la République pour lui faire remonter directement des idées ou alertes sur les quartiers populaires. Elle est composée d’une diversité de profils – commissaires de police, présidents d’université, proviseurs de lycées, acteurs économiques, associatifs, du sport et de la culture – qui apporteront leurs regards sur la politique de la ville. Pour la première fois, les équipes de l’Elysée auront un accès direct et régulier aux acteurs de terrain via cette zone d’échange.


Entre la remise du rapport de Jean-Louis Borloo, les prises de position d’Emmanuel Macron qui privilégie « une méthode » à un nouveau plan banlieues ou les réactions de certains parlementaires et élus locaux, l’actualité relative à la politique de la ville a été intense ces dernières semaines. Quels enseignements tirez-vous de cette séquence ?

Cette actualité a non seulement permis de dégager des pistes d’actions, mais certaines de ces pistes ont été reprises. Si l’exécutif a choisi de ne pas lancer de nouveau plan banlieue, cela n’empêche en rien d’utiliser le rapport de Jean-Louis Borloo comme une boîte à outils, car il comprend des recommandations très qualitatives élaborées à l’issue de sept mois de travail.


Dans deux semaines, vous participerez à la 1èreédition de RDV avec la ville. Qu’attendez-vous de cet événement rassemblant les professionnels du renouvellement urbain et quels messages y porterez-vous ?

Cet événement fournit une occasion unique de relier les questions de l’individu, du social à celles de l’habitat et de l’urbain. Il ne faut pas rater le croisement de ces enjeux. C’est la raison pour laquelle Mozaïk RH travaille par exemple avec des acteurs comme l’Union sociale pour l’habitat.

Si je devais faire passer un message, c’est qu’un changement de paradigme est à opérer. Il faut cesser de penser uniquement en termes d’intégration ou de social, mais réfléchir en termes d’inclusion économique. Car l’émancipation sociale des individus passe par leur émancipation économique. Si les gens réalisent leurs projets entrepreneuriaux ou obtiennent un emploi, ils deviennent à la fois des actifs et des acteurs, ce qui change radicalement la donne. Pour les aider à devenir ces acteurs, on peut les accompagner par la formation. Même un décrocheur peut devenir un talent, à condition de s’en occuper correctement.


Saïd Hammouche interviendra le 28 juin sur le thème « Quel développement économique pour et dans les quartiers ? » aux côtés de Valérie Lasek, directrice générale d’EPARECA et de Philippe Estèbe, géographe et enseignant-chercheur.